Le nouvel album des Babyshambles, Shotter's Nation, est sorti le 1er octobre.Il est très bon, plus coherent que le premier, qui etait bon egalement, mais qui experimentait le reggae par exemple. Chronique de Rock & Folk, provenant du site Rocknfolk.com Baby Shambles “Shotter's Nation” Parlophone/Delabel/EMI Parlerait-onautant de la musique des Baby Shambles si son leader Pete Doherty nepassait pas son temps à jongler entre audiences au tribunal etscandales finalement pas si scandaleux ? La hype fonctionnerait-elle à plein régime sans les drogues dures, Kate Moss et les provocationsadolescentes à répétition du dandy paumé ? Dans un monde obsédé par laquête des symboles moisis et des raccourcis douteux, pas sûr. Mais pourceux qui parviennent à dépasser ce décorum plutôt pathétique, depuisles Libertines jusqu’aux titres “Fuck Forever”, “La Belle Et La Bête”et “Pipedown” tirés du premier album des Baby Shambles sorti en 2005,le doute n’existe évidemment pas. Pete Doherty, certes, peut se révéleragaçant. Potentiel fréquemment piétiné, concerts parfois lamentables,rendez-vous manqués, il a déjà gâché de précieux moments. Il le sait.Seulement voilà , quand Pete parvient à se retrouver, il écrit. Des****** de chansons. Qui ne doivent rien à personne. Des titres quicontribuent à écrire la suite de la grande Histoire. Des petits boutsd’existence qui, les uns derrière les autres, malgré la souffrance,malgré le n’importe quoi, dessinent un chemin qu’il faut suivre sansrechigner, presque aveuglément. Parce que malgré les déceptions, lesabsences, Pete Doherty parvient toujours à pondre quelques monumentsintimes qui resteront dans quelque cœur à jamais. Pete est unsongwriter qui déborde de classe naturelle, un conteur hors pair,toujours sur le fil. “Shotter’s Nation” donc. Deuxième album. Pete aéliminé les morceaux pénibles qui avaient légèrement parasité leplaisir sur “Down In Albion”. Plus de ragga de taulard lourdingue, plusde mélodies qui explosent en plein vol. Produit par Stephen Street, cedisque maîtrisé de bout en bout, cohérent et désiré, est une étapeimportante. Une marche de plus vers la quintessence. Et sonne, bienplus que son prédécesseur. Épaulé par un groupe enfin à peu prèsstable, Pete, profitant sans doute de quelques jours de lucidité, prendencore un peu d’avance. Il rayonne. Loin de sa brindille fardeau et duvoyeurisme de ses contemporains. Que retenir de ces douze nouvellescompositions ? “Carry On Up The Morning” qui ouvre et assure latransition avec le précédent album. Introduction qui rassurera les fanset n’effraiera pas les autres, de la pop dohertienne, calibrée etefficace. Première pépite véritable. “Delivery”, le single qui suit,revisite les Kinks et c’est franchement jubilatoire. Un vrai titrepopulaire, bombe à dancefloor. Imparable. “Side Of The Road” et sonarrogance narquoise, presque street punk, torse bombé, hymne d’unebaston imminente, avec son accélération électrique parfaite etinattendue. “Crumb Begging Baghead”, nouvelle sensation forte : lesStone Roses ramenés à la vie, une virée psychédélique inhabituelle chezPete qui surprend avant d’enthousiasmer. Moins hippie qu’animal. Laréussite la plus achevée selon certains. Terrible. Quant au morceausuivant, “Unstookie Titled” exhale la classe monstrueuse ducompositeur qui ne craint pas de s’autociter, reprenant le pont de“Fuck Forever”... “Baddies Boogie” où l’on sent un Pete en pleinepossession de ses moyens et où surtout on comprend que les Libertiness’épellent D O H E R T Y. “Deft Left Hand” ou comment rappeler à Oasiset à tous les vétérans de la britpop que la compétition est toujoursd’actualité. L’Angleterre va adorer. Enfin, dernier morceau de cedisque moins bancal, moins gadget, plus ambitieux, plus abouti, “TheLost Art Of Murder” — quel titre ! — avec, à la guitare acoustique, lelégendaire Bert Jansch, où Pete démontre que, lorsqu’il s’agit de selivrer sans artifices, ni saturation, ni gimmicks faciles, il peutflirter avec le beau et le sublime.
Jérôme Reijasse
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